back

Carita KLIPPI

Réélaboration didactique de la linguistique géographique. Continuités et discontinuités

La quatrième partie du Cours de linguistique générale, celle portant sur la linguistique géographique, est longtemps restée dans l'ombre de la linguistique dite interne. Ce n'est qu'avec la philologie saussurienne que cette partie a été réhabilitée, son majeur intérêt théorique étant celui de l'existence et de la délimitation des catégories de langue et de dialecte par rapport à l'espace-temps (Engler 1980, 1982, 2000 ; Harris 1993). Une mise en confrontation scrupuleuse de cette partie avec les sources manuscrites a permis de déceler ladite dichotomie oubliée de Saussure, les langues vs. la langue (Bierbach 1979), par laquelle Saussure, toujours pédagogue, a amorcé son cours de linguistique géographique. Avant de réduire la multiplicité à l'unité, il fallait, selon Saussure, considérer la diversité des langues qui constituait la condition fondamentale de l'existence même d'une science du langage. Les éditeurs du Cours de linguistique générale, au contraire, ont choisi de suivre la tradition rationaliste en se focalisant sur les principes généraux et les notions fondamentales, au détriment de langues empiriques. Cette dualité illustre bien la problématique méthodologique, ontologique et épistémologique entre l'un et le multiple, entre la continuité et la discontinuité, qui est au coeur de la pensée de l'époque et que le professeur cherche à appréhender sous différents aspects devant ses étudiants.

Les cours sur la linguistique géographique à l'Université de Genève sont le résultat d'une longue maturation commencée dès les années parisiennes (1881-1891), mais il ne faut pas oublier qu'avant d'intégrer cette réflexion dans les cours de linguistique générale, Saussure en avait déjà parlé devant ses élèves qui on suivi le cours intitulé 'Linguistique géographique en Europe' pendant l'année universitaire 1901-1902. Nous nous proposons ici 1) de restituer la transposition didactique de la linguistique géographique par Saussure en prenant en considération les sources qu'il cite, 2) d'étudier l'interprétation et la réélaboration qu'il fait d'un discours historique à des fins pédagogiques (mais dont il est aussi un protagoniste principal), et 3) de réfléchir à la fonction des figures, des illustrations et des métaphores qui servent à appuyer son propos concernant les (dis)continuités temporelles et spatiales.





Publication as PDF

publication View file

Download file